2 évènements à jamais gravés

 

 

 

 

 



 

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La vie est parfois cruelle ...

 

J'ai découvert sur votre site le témoignage de trois personnes qui ont vécu des choses difficiles. J'aimerais vous faire part de ce que j'ai vécu.

Il s'est produit deux évènements dans ma vie qui resteront gravés à jamais en moi. Pour moi, ce fut deux tragédies.

Premièrement, en mai 1992, j'ai subi un avortement. J'avais 21 ans. Je voulais avoir ce bébé, mais les circonstances de la vie m'empêchaient de l'avoir. Je vivais seule en appartement, je travaillais la nuit et j'allais à l'université le jour.

Mon copain de l'époque ne voulait rien savoir de ce bébé. Il m'a dit lorsqu'il l'a su, qu'il ferait tout pour que ses proches n'apprennent jamais que j'étais enceinte. Il m'avait clairement fait comprendre que si je gardais le bébé, je devrais m'organiser seule, qu'il me laisserait.

Ma mère, quant à elle, me disait qu'elle m'aiderait, mais elle avait déjà élevé trois enfants seule. Je ne voulais pas qu'elle ait cette responsabilité.

Mon copain faisait comme s'il ne se passait rien. Il ne m'a pas accompagné à l'hôpital lors des examens et des rencontres avec les psychologues ni même le jour de l'avortement. J'ai vécu cela seule et je n'oublierai jamais ce jour.

Aujourd'hui je suis maman de deux enfants qui sont toute ma vie et je repense très souvent à cet enfant qui n'est pas là. J'ai regretté ma décision, mais la seule consolation que j'avais était de me dire que c'était peut-être mieux comme ça.

En février 1998, le drame frappe dans ma vie. Il est 13h00, j'arrive du travail et je jase au téléphone avec une copine que je n'ai pas vue depuis longtemps. Nous parlons du souper qui aura lieu vendredi et où les copines d'école se rencontrent. Nous sommes lundi.

Soudain, on frappe à la porte avec insistance. Je laisse le téléphone deux minutes et je vais ouvrir. Je vois ma mère accompagnée de son conjoint, de mes deux frères et la copine de l'un d'eux. Ils entrent et ils ont tous l'air si affolés. Je me demande ce qui se passe. Je retourne au téléphone et dit à ma copine qu'on va se retrouver le vendredi soir.

Je me retourne, regarde ma mère qui s'affole et lui demande ce qu'elle a à s'énerver. Elle me dit: "C'est ton père. Il s'est suicidé. Ils l'ont trouvé ce matin." Je regarde dehors et j'ai l'impression que le ciel va tomber. Je n'arrive pas à y croire. C'est impossible, papa n'aurait jamais fait une telle chose. Je me retourne, tous pleurent et là je m'écroule.

Au même moment, ma fille qui avait 1 an à l'époque se réveille en criant. Je suis l'aînée, donc je suis celle qui s'occupera des funérailles de mon père et tout ce qui s'en suit. Je pars le lendemain matin pour Rimouski et je me rend directement à l'hôpital pour identifier le corps. Quel choc! Je crois que je vais mourir à mon tour.

Ensuite, je dois faire toutes les démarches pour régler les papiers, fermer les comptes, aller chercher le certificat de décès, m'occuper des obsèques, bref, tout ça en 3 jours. Je n'ai pas vu ces 3 jours passer. Je me souviens l'instant où j'ai pénétré dans le salon funéraire et que j'ai vu mon père couché dans son cercueil. Je croyais que j'allais m'effondrer.

Je suis revenue à la maison et pendant 3 ans, j'avais de la difficulté à croire que papa était parti. Je ne pouvais l'accepter. Je lui en voulais de ne pas être resté en vie pour voir ses petits-enfants grandir. Je me sentais tellement déchirée, meurtrie, vide. Le soir, couchée dans mon lit, je lui parlais et lui demandais de venir me voir, de me dire qu'il était bien. J'avais l'impression que ça me rassurerait. Je voulais être certain qu'il avait fait le bon choix pour lui.

Ma vision de la vie et de la mort a changée. Moi qui avais peur de la mort, je n'avais plus peur à présent. Ce fut l'expérience la plus difficile de ma vie. J'ai tellement pleuré, j'ai eu tellement mal. J'ai cru à un moment que je ne m'en remettrais jamais, mais il y a une force en nous qu'on ne soupçonne pas.

Aujourd'hui la vie a repris son cours, mais mon père reste présent en moi et autour de moi à chaque minute. Il vit en moi désormais et je lui ai bâti une maison au fond de mon coeur.

Il y a des jours où je trouve encore ça difficile, mais je regarde mes enfants et tout devient beau.

Je remercie la vie de me les avoir donnés.

Chantal

 

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